Nos voix sur Internet
Atelier de formation "Production endogène de contenu par les groupes de femmes d'Afrique francophone"
organisé par ENDA, Dakar, 17-21 janvier 2000)
Ecrire sur Internet
Par Awa Binta Ba,
Journaliste à Sud-Quotidien
Pourquoi écrit-on ?
- Pour être lue ;
- Pour passer une ou plusieurs informations ;
- Pour communiquer avec les autres ;
- Pour convaincre, faire adhérer à sa cause - subsidiairement.
D'où l'importance de suivre quelques petites règles et d'éviter quelques gros pièges.
- Écrire de façon claire, concise et pertinente est avant tout le seul moyen d'atteindre son objectif qui est de faire passer une information ;
- Bien comprendre et être soi-même convaincue de ce que l'on écrit pour escompter avoir la même chose chez le lecteur ou la lectrice ;
- Veiller à la clarté du message : vérifier le sens des mots, écrire court de préférence, éviter les fautes d'orthographe, décomposer le texte en paragraphe et, au besoin, faire des intertitres.
Quatre types d'information peuvent être distingués :
- L'information "pure" : elle est réduite à la plus simple expression des faits ;
- L'information décrite : elle est perçue à travers un comportement psychologique ou social ;
- L'information analysée : elle est relatée en la mettant en rapport avec des faits antécédents ou ses conséquences prévisibles ;
- L'information commentée : elle comporte un jugement de valeur.
Ces différents types d'informations se retrouvent dans divers types d'écriture de presse. Néanmoins, quel que soit le genre rédactionnel, le respect de certaines normes d'écriture s'imposent au rédacteur ou à la rédactrice.
Brève présentation des différents genres journalistiques
- Le reportage
Le reportage peut être assimilé au journalisme de témoignage. C'est à cause du reportage principalement que le journaliste est appelé "un historien du présent", il est l'un des genres les plus prestigieux. Le reporter est en quelque sorte les yeux et les oreilles du lecteur, sa collecte de données nécessite généralement un déplacement sur le terrain (Ex : l'envoyé spécial, le correspondant de guerre, etc.).
- L'enquête
Elle s'apparente au reportage puisqu'elle appartient au domaine du témoignage direct. Mais, elle requiert beaucoup plus de temps et demande une investigation plus approfondie sur le terrain et une bonne documentation. Elle permet souvent de faire d'importantes révélations sur une affaire et occupe une surface rédactionnelle beaucoup plus grande. Grâce à l'enquête, le journaliste peut créer l'événement.
- L'éditorial
L'éditorial indique, par rapport à une question, à un débat donnés, le point de vue du journal. Il présente une position nettement tranchée et comporte une volonté de persuader le lecteur de la justesse de celle-ci. Il est souvent le fait d'un haut responsable, d'une grande plume du journal. L'opinion qu'il reflète engage plus ou moins l'organe dans son ensemble. L'éditorial est signé par un nom, le nom du journal ou la rédaction.
- L'analyse
Dans l'analyse, le journaliste affiche un désir d'aller plus au fond du sujet pour apporter des éclaircissements au lecteur et lui permettre de mieux comprendre le problème. La réflexion est plus marquée dans ce genre rédactionnel où le journal est animé par un souci de livrer une information au lecteur à la lisière de sa propre lecture des événements. L'explication et la démonstration sont alors plus manifestes et plus soutenus.
- Le commentaire
Le ton est plus conséquent et plus engagé que dans l'analyse. Il y a un engagement beaucoup plus personnel du journaliste par rapport à un événement donné : un jugement est émis par l'auteur de l'article qui affiche clairement son opinion. Dans la profession, il est communément admis que "les faits sont sacrés et le commentaire est libre".
- Le portrait
Il appartient au domaine du descriptif. Il sert à présenter un individu, une organisation, une entité géographique, etc. L'objectif est de montrer le sujet en grandeur nature et d'amener le lecteur à mieux le connaître.
Lorsqu'il s'agit d'un individu, on peut faire son portrait physique, son portrait psychologique et les compléter avec des témoignages de tiers sur l'intéressé.
- L'interview
C'est un entretien. Il s'agit d'un exercice de questions-réponses avec une personne rencontrée susceptible de fournir des informations sur une ou plusieurs questions du fait de son expérience, de ses fonctions ou de ses activités. Le but de l'interview est d'obtenir des renseignements auprès de l'interviewé, de faire connaître sa personnalité ou ses activités.
- Le billet
C'est un genre de fiction qui fait appel à une grande imagination. Il s'écarte de l'événement qu'il va traiter qui est abordé à travers le prisme de l'idéologie et de la morale. N'est pas billettiste qui veut, il exige une certaine sensibilité
- Le compte-rendu
C'est le genre rédactionnel le plus simple : il s'agit de relater un événement auquel on a assisté ou pris part.
- La chronique
Elle paraît de façon régulière et porte sur des sujets particuliers : politique, économique, multimédia, etc. Elle est fortement liée à l'inspiration de son rédacteur qui donne rendez vous dans les colonnes du journal à ses lecteurs à des intervalles fixes. La chronique est la plupart du temps le fait de certaines grandes plumes du journal. Elle est très exigeante dans l'écriture et demande une perspicacité d'esprit ,une capacité d'analyse et de jugement, une bonne connaissance du domaine et une culture générale.
Les règles générales de l'écriture de presse : comment aborder un sujet ?
L'attaque
Il s'agit d'attaquer le lecteur ou la lectrice, l'obliger à lire l'article jusqu'au bout. Pour être réussie, l'attaque doit être :
- vive : prendre le lecteur ou la lectrice par surprise dès les premiers mots de la première phrase pour retenir son attention, aiguiser sa curiosité et l'intérêt qu'il peut avoir pour le sujet de l'article qu'on lui propose ;
- concise : trois phrases maximum suffisent pour énoncer le problème ;
- originale : dans le contenu et dans la forme.Il ne faut pas oublier de déterminer l'angle par lequel le sujet va être abordé : l'objectif est de faire saisir au lecteur un aspect particulier et intéressant du sujet à traiter. La précision est très importante à ce niveau : l'angle doit être assez réduit.
L'attaque est aussi appelée "accroche" dans le jargon journalistique puisqu'il cherche à "ferrer le lecteur". Par des mots concrets, des verbes expressifs, des phrases courtes.
Le développement
Les modalités de son écriture varient peu en fonction du genre rédactionnel. Dans l'ensemble, les règles d'écriture ne changent pas fondamentalement puisque quel que soit le genre considéré, la clarté, la concision et la pertinence sont indispensables lorsqu'on veut produire un article avant tout digeste. En second lieu, il s'agit de bien hiérarchiser les informations.
La chute
C'est, en quelque sorte, la pirouette que l'on exerce en guise d'adieu. Elle doit aussi être rapide et concise puisqu'il ne faut pas lasser le lecteur. Il faut le laisser partir sur une bonne impression.La chute peut être un résumé ou une reprise du titre de l'article ; elle peut se terminer par un jeu de mots, une formule brillante ; elle peut être une ouverture sur l'avenir, un détail intéressant de l'article ou une conclusion que l'on veut fixer dans la mémoire du lecteur. Pour l'inciter à nous lire prochainement, par exemple. Sans vouloir coûte que coûte émerveiller.
La hiérarchie de l'information ou la réponse aux questions qui ? quoi ? quand ? où ? comment ? pourquoi ?
Pour les anglo-saxons, ce sont les 5 W + H : Who, What, When, Where, Why et How.
Identifier avec:
- Qui : le sujet de l'action ;
- Quoi : l'action, les faits proprement dits ;
- Quand : la période pendant laquelle se sont déroulés (ou vont se dérouler) l'action, les faits ;
- Où : le lieu où ils se sont ou vont se produire
- Pourquoi : leurs raisons d'être ;
- Comment : leur manière d'être.
Le principe de la pyramide inversée est que les faits sont développés dans le corps de l'article par ordre d'importance décroissante. De telle sorte que, si le lecteur décidait d'interrompre la lecture avant d'avoir atteint la fin de l'article, il aura quand même déjà en sa possession l'essentiel des éléments qui se rapportent au sujet.
Quelles adaptations pour une diffusion électronique ?
Une diffusion électronique demande des exigences particulières car la lecture sur écran est différente de la lecture sur du papier imprimé. Par conséquent, il importe de tenir compte de plusieurs facteurs dont les plus importants sont :
- la lisibilité du texte : l'impératif de clarté et de précision est encore beaucoup plus marqué ici. Il ne faut pas fatiguer l'œil et l'esprit du lecteur : la lecture à l'écran lasse vite, à fortiori lorsqu'on a devant soi un texte mal écrit, truffé de tournures lourdes.
Il faut chercher à faciliter au maximum la tâche du lecteur en écrivant des phrases simples, des propositions indépendantes de préférence. Le confort dans la lecture du texte doit être l'un des premiers soucis du rédacteur, la fluidité dans le fond et dans la forme grâce à sa bonne aération et à son bon découpage en paragraphe en fonction des idées développées.
- la concision du texte : Écrire le plus court possible est une règle d'or lorsqu'on publie sur le web. En plus de la lassitude causée par la lecture à l'écran, que nous avons déjà évoquée, il faut tenir de la taille de l'écran. S'il est possible d'éviter au rédacteur d'utiliser l'ascenseur qui se trouve à droite de votre écran, c'est tant mieux. Au cas contraire, il importe quand même de veiller à ce qu'il ne soit pas obliger de défiler longuement le texte avant de retrouver le début ou la fin de celui-ci. Si tel est le cas, souvent, ou bien il n'a pas la patience de lire tout le texte, ou bien il ne fait que le survoler quand il ne se borne pas tout bonnement à lire l'attaque et la chute.
Ces travaux ont été réalisés, dans le cadre de l'atelier "Nos voix sur Internet", organisé par ENDA-SYNFEV (Dakar) grâce à une subvention du Centre de recherches pour le développement international, Ottawa (Canada)