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Le trafic d'enfants florissant entre le Mali et la Cote d'Ivoire |
Abidjan, Cote d'Ivoire (PANA) -- Un rapport publié récemment par l'UNICEF à Abidjan a révélé l'existence d'un trafic d'enfants entre le Mali et la Cote d'Ivoire.
Selon ce rapport, ces enfants, qui sont "employés" pour travailler dans les plantations, vivent en captivité sans être rémunérés. "Ayant été "recrutés" clandestinement par un réseau de trafiquants d'enfants et envoyés vers des destinations inconnus d'eux pour une période non déterminée et coupés de tout contact avec leurs parents, amis ou connaissances, ces enfants sont dans une situation de non-retour", souligne le rapport.
Selon les autorités maliennes, le trafic d'enfants, qui s'est intensifié en 1995, a envoyé 600 jeunes maliens dans les plantations de coton et autres de Cote d'Ivoire. Elles ont déclaré que la migration des enfants a commencé au début des années 90 quand de véritables réseaux de main d'œuvre enfantine se sont constitués, alors que le circuit se développait rapidement à la suite de la forte demande de travailleurs suscitée par les bonnes récoltes dans les plantations de coton de Marahoue, dans la région de Savannah, en Cote d'Ivoire.
Les statistiques du rapport indiquent que 43,47 pour cent des enfants âgés de 12 à 18 ans sont analphabètes et appartiennent principalement au groupe ethnique "bambara" du Mali.
Elles démontrent aussi que 84,61 pour cent d'entre eux ont des parents musulmans, alors que 39,13 pour cent et 17,40 pour cent d'entre eux ont abandonné l'école ou ont fréquenté l'école coranique, respectivement.
Le rapport souligne que 57,7 pour cent des enfants embauchés dans les plantations sont issus de familles polygames, alors que 90 pour cent sont nés au Mali ou sont maliens, seulement 3,84 pour cent de ces enfants sont ivoiriens.
Le rapport a également révélé que la ville malienne de Sikasso est le point de départ des enfants qui sont transportés par la route à travers Korhogo et Bounce, des villes du nord de la Cote d'Ivoire, vers Bouake et Marahoue, ou ils sont demandés dans les plantations de coton, de mais et de riz.
"L'emploi de ces jeunes maliens dans les plantations est basé sur le paiement par "l'employeur " de 17.500 francs CFA de frais de transport et d'une commission de 20,000 francs à l'intermédiaire principal".
Le rapport ajoute que "généralement les contrats pour les services des enfants sont conclus et signés entre l'intermédiaire et l'éventuel employeur". Il indique que le "salaire", qui est généralement compris entre 80,000 et 100,000 francs CFA par an, est souvent imposé à l'enfant (dont l'avis n'est jamais pris en compte au cours des négociations) les enfants doivent cependant rembourser les frais de transport payés par l'employeur quand ils finissent par toucher leur salaire. Mais ils sont en fait rarement payes.
"La première déception de l'enfant commence quand il découvre qu'il a été "transféré" dans une plantation de coton au lieu de se retrouver, comme promis avant son recrutement, au Mali pour un petit boulot dans une grande ville comme Abidjan, Yamoussoukro ou Bouake en Cote d'Ivoire", indique l'UNICEF.
L'agence souligne que les enfants sont motivés par le fait d'aller en Cote d'Ivoire pour obtenir des emplois salariés alors que 87 pour cent d'entre eux ne sont jamais allés, mais ont entendu des histoires merveilleuses sur ce pays.
"Soixante pour cent des enfants ont déclaré avoir été recrutés par un intermédiaire inconnu, alors que 87 pour cent ont révélé que leur séjour avait parfois été prolongé de plus d'un an car ils avaient du "renouveler" leurs contrats parce que les employeurs ne leur versaient pas leurs salaires", a indiqué le rapport.
Il souligne que 63 pour cent des enfants travailleurs ont reconnu avoir reçu 48 pour cent de leur salaire à la fin de l'année, que 45 pour cent des enfants ont perçu leur salaire à la fin de la récolte alors que 23 pour cent d'entre eux n'ont rien reçu du tout.
Les enfants sont souvent nourris deux fois par jour d'un plat de maïs ou d'une bouillie d'une qualité nutritionnelle insuffisante et comparable au repas des détenus des prisons ivoiriennes.
Pour mettre fin à ce trafic, le rapport préconise l'éducation de la population particulièrement dans les zones de recrutement, sur la nécessité d'envoyer les enfants à l'école ainsi que d'établir un contrôle réel et effectif du réseau routier aux frontières d'où ces enfants sont transportes.
Le rapport a aussi recommandé des sanctions sévères contre les personnes impliquées dans ce trafic et la vente d'enfants pour quelque raison que ce soit. Par ailleurs, il suggère une interdiction du travail des enfants, en ajoutant que les itinéraires empruntés par les trafiquants sont bien connus des autorités des deux pays tout comme elles connaissent les acteurs de ce trafic et les méthodes utilisées.
L'UNICEF a annoncé qu'elle tiendrait les deux pays impliqués pour responsables du trafic et du travail des enfants, et les a invités à prendre des mesures appropriées pour empêcher l'abus, le trafic et la vente des enfants.
Ces pays feraient aussi bien de sensibiliser leurs populations sur les conventions qu'ils ont signées sur les droits de l'enfant. Le rapport invite les deux pays à ratifier la charte africaine sur les droits de l'homme et des peuples ainsi que les autres protocoles sur les abus faits aux enfants et l'esclavage si ce n'était déjà fait.