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CONGO : Angèle Bandou, la seule femme candidate à la présidentielle fait sa profession de foi |
Par Lyne Mikangou
BRAZZAVILLE, 27 fév (IPS) - La seule femme parmi les dix candidats à l'élection présidentielle du 10 mars au Congo-Brazzaville, tout comme elle le fut en 1992, Angèle Bandou rêve de faire du Congo ''une nation dirigée par une tête bien faite en harmonie avec le cœur''.
En 1992, Bandou avait recueilli moins de un pour cent des suffrages exprimés. Dix ans après, elle estime que son acte de candidature ''découle de la volonté divine''. Elle considère l'action politique comme un ''sacerdoce et non comme un moyen de domination et d'affirmation de soi visant l'enrichissement rapide et sans condition''.
''Je me suis engagée en politique par mission et non par ambition'', affirme Bandou. ''J'ai été investie d'une mission, celle d'aider tous ceux qui souffrent moralement et physiquement'', ajoute-t-elle.
Personnage mythique, vêtue souvent en blanc, sa tenue de prédilection, et tenant une croix blanche dans la main droite, symbole de son parti, ''Maman Angèle'', comme on l'appelle affectueusement, apparaît rarement en public et demeure discrète dans la vie politique nationale.
Autodidacte et couturière, elle arrive sur la scène politique après avoir dénoncé, en 1996, les abus du pouvoir et exhorté les dirigeants de l'époque à changer de politique.
Bandou est la première femme à avoir créé un parti politique au Congo en 1992 dénommé le Rassemblement pour la défense des pauvres et des sans emplois du Congo (RDPSEC).
En 1992, elle était candidate à l'élection présidentielle face à 17 hommes, avec un message prophétique pour les enfants du Congo.
''Sur ordre divin, j'avais présenté ma candidature pour apporter un message au peuple congolais. Malheureusement, j'ai été incomprise. Le Congolais avait rejeté le projet de Dieu pour s'attacher aux projets des hommes. La conséquence, nous la connaissons'', explique-t-elle avec une allusion aux guerres civiles qui ont ensanglanté le Congo entre 1993 et 1999.
Lors du déclenchement des troubles sociaux, elle intervient auprès du Haut commandement militaire, afin de favoriser la diffusion des messages de paix et d'amour. Ce qu'elle obtient avec succès.
Après l'élection de 1992, le RDPSEC est remplacé par le Parti africain des pauvres (PAP) en 1996. En changeant la dénomination de son parti, instrument d'inspiration divine, selon elle, cette femme déclare avoir reçu du maître de l'univers la ''mission de servir de guide au pauvre homme d'Afrique en lui permettant d'être éclairé sur la source de ses malheurs et de l'amener à s'investir pour y apporter des solutions définitives''.
Il s'agit, selon Bandou, de donner aux pauvres la possibilité de prendre conscience de leur responsabilité individuelle sur l'ensemble des problèmes qui inhibent le développement de l'homme africain, de l'amener ensuite à s'impliquer pleinement aux tâches de construction de leur nation en particulier.
''Les hommes et les femmes qui composent notre parti ont ainsi reçu la mission de servir de guides aux pauvres, en leur donnant des enseignements sur les problèmes qui ont pour noms : athéisme, tribalisme, insécurité, morbidité, mortalité et pauvreté'', souligne Bandou.
En se présentant sous le label du PAP, elle n'a pas un projet de société réel à proposer à ses électeurs. Le seul principe fondamental qui guide son action est l'amour, car sans amour, dit-elle, on ne peut pas parler de nation, ni de développement.
Bandou estime par ailleurs que les femmes, qui constituent la majorité de la population, devraient voter massivement pour elle.
Mais, cet appel risque de ne pas trouver de répondant. En effet, même si elles s'intéressent beaucoup à la vie politique, les femmes congolaises, sont peu présentes dans les partis politiques et ne sont pas prêtes à laisser la direction de leur pays à une femme.
Une enquête menée récemment à Brazzaville, la capitale politique et à Pointe-Noire, la capitale économique du pays, révèle que 15 pour cent seulement de femmes sont engagées et inscrites comme membres de partis politiques, alors que 97 pour cent d'entre elles s'intéressent à la vie politique.
''Trop de pesanteurs socio-culturelles, le manque d'éducation et de formation politique expliquent le faible pourcentage des femmes dans la vie politique et ne les incitent pas à faire confiance à une femme pour conduire la destinée d'une nation'', note Emilienne Raoul, professeur à l'université de Brazzaville et membre du Conseil national de transition (CNT, organe législatif provisoire).
Raoul qui a réalisé l'enquête a indiqué que la tradition et la religion ne favorisaient pas l'ouverture de la femme à la vie publique parce qu'elles lui imposent soumission aux maris, la condamnant de fait aux travaux ménagers.
''Les partis politiques sont analogues à l'auberge espagnole d'où l'on sortait comme l'on était rentré sans gain'', a fustigé la ministre de la Culture, Aimée Mambou Gnali, faisant remarquer que les partis politiques n'instruisaient pas. ''Mieux vaut pour les femmes de militer sans cesse pour faire valoir leurs droits au lieu de compter sur les partis politiques tournés vers la politique politicienne''.
Agée de 54 ans, Angèle Bandou est mariée et mère de six enfants. Dans sa vie professionnelle, elle a été caissière d'une entreprise de 1974 à 1975 puis couturière de 1978 à 1982.
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