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Puissance
maritale et paternelle : |
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Par Aïda Soumaré Diop
(ENDA, Projet parenté conjointe, Dakar, 8 juin 2001) - "Pour des raisons d'ordre pratique, mon mari a décidé de me déléguer la puissance paternelle, mais c'est au sein même de l'Administration que nous avons rencontré des réticences ! Certains ont essayé de le dissuader sous prétexte que cela constituerait une arme entre mes mains, que je pourrais utiliser contre lui. Après bien des tracasseries administratives, nous avons enfin pu obtenir gain de cause". Tel est le témoignage de Fatou, une habitante de la ville de Kaolack, située à quelques 180 km de Dakar, la capitale.
Au Sénégal, certaines dispositions du Code de la famille, notamment l'article 152, suscitent de plus en plus de débats, car ils désignent l'époux comme le chef de famille, détenteur de la "puissance maritale" sur son épouse et de la "puissance paternelle"sur ses enfants (Article 277). Celle-ci n'est transmise à la femme que si son mari, dans les cas prévus par la loi, se trouve dans l'impossibilité de l'exercer. Rien ne peut se faire, légalement, dans l'éducation des enfants, par exemple, ou dans tout autre domaine, sans son consentement.
De ce fait, l'épouse - et la mère - est en situation de dépendance par rapport à son mari. Elle est parfois bloquée dans la simple organisation de la vie quotidienne de la famille. Les désagréments qui découlent de cette situation sont multiples et divers. "Depuis le décès de ma sœur, au nom de la solidarité familiale, j'ai dû prendre avec moi ses trois jeunes enfants sur mon modeste salaire de la fonction publique. Quand ils tombent malades, je me débrouille pour les soigner ; je ne bénéficie d'aucune prise en charge au niveau de l'administration. Leur père, bien qu'il se soit complètement déchargé sur moi, n'a jamais voulu me déléguer la puissance paternelle malgré mes multiples demandes", se plaint Fatima.
La société accorde une place prépondérante à l'homme dans le ménage, convaincue qu'elle est que c'est l'homme qui subvient aux besoins de la famille. Si même celéà était le cas dans le passé, cela a bien changé : les femmes ayant investi l'activité économique et contribuant incontestablement aux dépenses du ménage. Cependant, si l'environnement familial a profondément évolué, la situation de la femme au sein du ménage n'a pas suivi la même tendance, comme le montrent les propos d'Oulimata, juriste et travaillant dans une ONG dont l'une des activités est la vulgarisation du Code de la famille et la promotion des droits des femmes.
"Pour le moment, dans la pratique, il est rare qu'un homme accepte de déléguer la puissance paternelle, même si c'est la femme qui assure la prise en charge financière du ménage", dit-elle, ajoutant que dans son travail quotidien, elle n'a pas encore rencontré de cas de délégation de la puissance paternelle.
En outre, la femme travailleuse ne peut pas percevoir les allocations familiales, ni prendre en charge son mari et ses enfants pour les soins de santé. A sa mort, ses héritiers ne bénéficient pas de capital décès. Ses enfants mineurs ne sont pas pris en compte dans le calcul de sa pension de retraite. Elle ne peut pas bénéficier d'une dérogation pour l'admission dans la fonction publique.
Autrement dit, la Sénégalaise n'est pas vraiment considérée comme une citoyenne à part entière, et à égalité de statut avec son partenaire, au sein de la famille. En la délestant de l'autorité maternelle, c'est sa maternité même qui est niée.
Pourtant, 25% des ménages au Sénégal, en ville comme à la campagne, sont dirigés par des femmes. Cela s'explique par un contexte économique difficile : le chômage, la migration des hommes. 29% des femmes chefs de ménage le sont en raison de l'absence de leurs maris. C'est pourquoi, aujourd'hui, reconnaître dans le droit l'égalité des responsabilités conjugales et parentales s'impose. Car nourrir, entretenir élever et éduquer leurs enfants constituent une obligation naturelle des deux parents.
L'expérience de Khady en est une bonne illustration : "J'ai élevé toute seule mes neuf enfants. Mon mari est commerçant et il s'était installé à Lomé. Il ne revenait à Dakar que pour de courts séjours, rarement pour plus de deux mois. Les enfants ont grandi en son absence ; ils ne le connaissent pas vraiment. Maintenant, qu'il a pris de l'âge, il est revenu. Il y a souvent des histoires à la maison, le climat est toujours tendu".
Le cas de Khady montre bien que dans la réalité, il ne viendrait à l'idée de personne, dans la société sénégalaise, de contester que la femme a toujours rempli un rôle de garde et de surveillance des enfants. Combien de fois fait-on remarquer que la femme doit rester au foyer pour surveiller les enfants ?
L'échec des enfants, dans cette même société, est perçu comme l'échec personnel de la femme vue comme première responsable de l'éducation des enfants. L'enfant qui n'a pas réussi est "l'enfant de sa mère". Donc la mère est un des piliers essentiels dans l'éducation des enfants. Pour de nombreux hommes, l'éducation des enfants se limite à donner l'argent nécessaire aux besoins de la famille. Et à corriger ou punir en cas de mauvais comportement des enfants. La polygamie renforce cette situation dans laquelle l'homme est obligé de faire la navette entre deux voire plusieurs maisons.
L'opinion publique est peu au fait de tous les aspects de cette législation en contradiction manifeste avec les réalités sociales. En témoignent les propos de Nabou, une jeune femme : "A la suite d'une dispute, alors que j'étais absente, mon mari a pris mon fils aîné, âgé d'une douzaine d'années. Au début, il a refusé de me dire où il l'avait amené. Devant mon insistance, il a fini par me dire qu'il était dans un "daara" (école coranique) loin de Dakar. Depuis, je suis sans nouvelle de mon fils".
Nabou refuse de recourir à la justice comme lui suggère une organisation de défense des droits des femmes. Avec fatalité, elle se résigne en avançant : "C'est lui son père, c'est lui qui décide en dernier ressort, et qu'en tant que musulmane, je ne peux pas m'opposer à la décision de mon mari".
Ce que Nabou semble ignorer, comme beaucoup d'autres, c'est qu'aucun passage du Coran ne justifie cette attitude à l'égard de la femme, surtout concernant ses propres enfants. Si la religion musulmane considère que la famille a un chef, il ne peut s'agir que du couple.
Une étude réalisée par deux chercheurs en Islam sur "L'exercice de l'autorité parentale par la femme" montre que l'autorité parentale, et la responsabilité qui s'y attache, incombe aussi bien à l'homme qu'à la femme, sa gestion devant se faire dans une parfaite entente et pour le bien-être de la famille et de la société.
L'Islam confère un caractère sacré à la maternité et respecte la paternité : il ne désigne pas l'un des conjoints à l'exclusion de l'autre, comme responsable de l'éducation des enfants. Selon les deux chercheurs, la possibilité pour les femmes d'exercer l'autorité parentale a été attestée depuis les premiers de temps de l'Islam : "Chaque nouveau-né vient au monde des mortels avec sa pureté originelle. Ce sont ses deux parents (son père et sa mère) qui en feront ce qu'il deviendra".
Par ignorance ou mauvaise foi, les adversaires de la substitution de la puissance paternelle par l'exercice conjoint de la direction de la famille continuent, comme Aziz, à se réfugier derrière un argument religieux dont ils font une lecture à leur seul profit : "Ce que les femmes entendent par égalité n'est pas possible dans l'Islam. En tant que musulman, je ne peux pas accepter cette revendication" soutient-il.
Pendant ce temps, d'autres, comme Omar, cherchent à éluder la question en avançant : "La gestion des ménages par les femmes n'est pas une nouveauté au Sénégal et en Afrique, en général. Quand on remonte loin dans le temps, on se rend compte que la femme a toujours été au coeur de la famille africaine. De par ses activités parallèles, elle apporte des ressources au sein de la famille. Le titre de chef de famille est, à la limite, honorifique. En réalité, la femme joue un rôle beaucoup plus important que l'homme".
C'est pour venir au bout de réticences comme celle-là qu'Oulimata, responsable de la vulgarisation du Code de la famille dans une ONG, préconise la méthode douce dans les activités de sensibilisation. Selon elle, la question que l'on doit poser aux gens devrait être la suivante : "Ne trouvez-vous pas aberrant que la femme paye ses cotisations de retraite comme un homme, mais qu'à son décès, personne ne puisse hériter de la pension de réversion comme c'est le cas pour les hommes ?"
De l'avis d'un magistrat, si les femmes parviennent à s'organiser pour exercer une pression constante, elles pourront alors obtenir gain de cause "
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