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Par Abdoul Aziz SALL
(ENDA, Projet parenté conjointe, Dakar, 19 juin 2001) - On peut repérer sans peine dans notre législation la subsistance de discriminations au préjudice des femmes, nul n'est besoin d'être féministe pour autant. Cela devrait suffire à convaincre de la nécessité de promouvoir l'égalité de genre au Sénégal : il est particulièrement urgent de le faire en ce qui concerne la législation de la famille.
Dans le rapport intitulé "Instaurer l'égalité de genre au Sénégal : Centralité de la notion de parenté conjointe", produit dans le cadre du projet "Les TIC à l'appui du programme des femmes pour l'égalité de genre au Sénégal", Mme Dior FALL de l'Association des Juristes Sénégalaises (AJS) souligne que "le Code sénégalais de la famille, en son article 152, confère au mari le statut de chef de famille, ce qui l'installe, par rapport à la société dans une position qui lui reconnaît tous les pouvoirs sur la famille. Par voie de conséquence, lui est attribuée la puissance paternelle (article 277), ce qui lui assigne l'entière responsabilité concernant la direction des enfants."
L'analyse que Mme FALL construit autour de ces deux articles révèle un certain nombre de conséquences qualifiées "d'injustes mais légales". L'autorité parentale leur étant déniée, les femmes sont dans l'incapacité de percevoir les allocations familiales attribuées au travailleurs, de prendre en charge médicalement leur époux et leurs enfants, de participer au choix du domicile conjugal, de bénéficier d'abattement fiscal à titre de leurs charges de famille, de bénéficier d'une dérogation pour l'admission dans la fonction publique, de transmettre leur nationalité à leur mari et leurs enfants.
Ces dispositions sont peut-être "injustes", mais elles ne font que consacrer l'infériorité du statut de la femme vis-à-vis de l'homme, infériorité fixée par certaines traditions et certaines interprétations des religions musulmane et catholique, les principales pratiquées au Sénégal.
Sous nos cieux, le poids et la fonction sociale des traditions et des religions en font des "références" solidement ancrées, au point que l'inégalité manifeste entre les hommes et les femmes est considérée comme légitime, et plus ou moins admise.
La journaliste sénégalaise Evelyne Sylva, dans une étude intitulée "Femmes sénégalaises : réalités et enjeux stratégiques" rapporte les propos d'une femme. Dans son quartier, dit celle-ci, les femmes estiment que "Dieu n'a pas créé l'homme et la femme égaux. Il suffit de les regarder pour s'en convaincre : ils n'ont pas la même force physique. Lors des conférences religieuses animées dans les quartiers, les érudits du Coran nous disent bien, sourates à l'appui, que nous devons respecter la parole et les décisions de nos maris pour mériter le paradis. Plus encore, la place et le rôle de la femme dans notre société et notre culture ont toujours été clairement définis et acceptés par nos grands-mères et nos mères. Pourquoi vouloir les remettre en cause aujourd'hui ?"
Cette vision, loin d'être isolée, illustre l'ampleur du combat que les femmes, sénégalaises en particulier, portent depuis plus de vingt ans en faveur de l'égalité de genre. Car remettre en question un ordre aussi bien établi c'est souvent affronter la marginalisation.
Mais de toute évidence ce combat ne saurait être vain. Il se déroule dans un champ de bataille idéologique où les arguments mis en avant cachent souvent d'autres raisons. Il convient donc, tel que préconise Mme Evelyne Sylva, d'opérer un tri dans les traditions et de "s'approprier la religion" selon les termes repris de Mme Penda Mbow, historienne et féministe sénégalaise.
Des voix s'élèvent de plus en plus pour mettre en valeur un autre discours, plus fidèlement objectif et progressiste, aussi bien du coté de l'islam que de l'église catholique.
Lors d'un récent atelier de réflexion, le Professeur Saliou Kandji, journaliste et islamologue, disait en substance que les femmes revendiquent une égalité vis-à-vis des hommes alors que l'islam établit de façon claire leur propre supériorité !
M.Thomas Garrick journaliste et catholique, considère que, dans la religion catholique, l'égalité entre les hommes et les femmes découle du principe fondateur qu'est l'Amour, qui interdit de faire subir à l'autre ce que l'on ne peut subir.
Il est donc clair que ces deux religions ne sauraient cautionner aucune forme de discrimination entre les hommes et les femmes, puisqu'elles prônent l'harmonie dont le cadre naturel d'expression doit être la famille. C'est là tout le sens de l'égalité dans le contexte de la famille. La notion de parenté conjointe en est le corollaire.
Pourtant, la simple notion de parenté conjointe soulève des controverses, car elle met à nu les paradoxes en matière de droit, de traditions et de religions. Elle est souvent réduite à l'équation simplificatrice : parenté conjointe = plus de faveurs aux femmes = moins de privilèges pour les hommes.
Le concept de parenté conjointe est ainsi en contradiction avec une certaine logique qui veut lier de façon mécanique les privilèges des hommes à leurs responsabilités au sein de la famille.
Il est clair que cette logique de l'inégalité fait abstraction de la participation, sous diverses formes, de la femme aux charges du ménage, ainsi que de son rôle dans la protection, la garde et l'éducation des enfants. Autant de droits et de devoirs qui incombent aux deux parents. Car en fin de compte, reconnaître la légitimité de la notion de parenté conjointe, c'est favoriser un cadre de développement harmonieux pour l'enfant.
Mais vouloir instaurer la parenté conjointe n'est pas une fin en soi : elle ne doit pas s'acquérir de manière isolée, sans prendre en compte les autres réalités du ménage et, au-delà, de la société.
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