Contribution of ICT to the abandonment of FGC in Africa Francophone Youth Citizen Role

Famafrique

Rôle citoyen des jeunes

Women and Relgious Oppression

Woman as Seen

"Women Pushing the Boundaries"

 

 

 

Un projet de recherche réalisé grâce à une subvention du

Centre de Recherches pour le Développement International (CRDI, Ottawa, Canada)

Contribution des TIC à l'abandon de l'excision en Afrique francophone, Rôle citoyen des jeunes

 

Contexte et problématique

Contexte

Les deux problématiques MGF et TIC posent chacune – mais séparément - des questions de développement humain durable y compris en termes de relations de genre. Elles ont donné lieu à nombre de recherches, mais aucun travail n'a jamais été mené pour savoir de quelle manière ces deux thématiques s'articulent – ou pourraient le faire – pour se renforcer l'une l'autre, afin d'atteindre leur objectif commun mieux et plus rapidement : le développement humain durable pour touTEs, y compris en termes de participation citoyenne. C'est le défi que veut relever le présent projet.

Malgré la persistance et l'ampleur des interventions, la prévalence des MGF reste élevée. L'évaluation des stratégies d'intervention sur le terrain et des politiques de substitution à la pratique est en cours alors que l'impact de la criminalisation juridique de l'excision, ni les effets probables du changement d'échelle des politiques,induites par l'harmonisation africaine des législations ou la mise en œuvre locale des politiques nationales. Certains domaines sont encore relativement délaissés, telles que la nature des relations entre MGF et citoyenneté, ou encore la possible participation des jeunEs aux politiques publiques ou communautaires de prévention de l'excision. L'écart entre les politiques "au sommet" (nationales et régionales) et les politiques "à la base" (locales et communautaires) n'a pas été pris en compte.

La marginalisation des jeunes hommes et femmes, non seulement dans le processus de prévention de l'excision mais aussi, plus largement, en termes de droits de la reproduction, de sexualité et d'alliances communautaires, y compris en termes de participation citoyenne à la décision, est malheureusement évidente. Les incidences de l'invisibilité des jeunes hommes et femmes dans les politiques de prévention n'ont pas été mesurées, notamment en termes de perpétuation des inégalités de genre. Très peu est connu sur l'intérêt que portent les jeunes hommes et femmes à la pérennité ou à la disparition de l'excision, à l'intégration de cette question dans leurs préoccupations spécifiques et à leur disposition à y jouer un rôle actif. Ignorer leur possible rôle dans la prévention de l'excision permet difficilement d'espérer d'un possible et significatif recul de la prévalence chez les nouvelles générations, ni de l'enclenchement d'un effet démultiplicateur.

Le rôle spécifique des jeunEs comme acteurs émergents de la société de l'information n'est pas pris en considération dans le cadre de la lutte contre l'excision, y compris en termes de promotion de l'égalité de genre. Les impacts sociaux de cette révolution, en termes de rapports de pouvoir social, citoyen et de genre, devraient être analysés et exploités.

Problématique

L'impact incertain de 20 ans de politiques contre les MGF 
Les institutions internationales engagées dans la lutte contre l'excision (UNICEF, OMS, etc.) estiment qu'actuellement 100 à 132 millions de filles et de femmes dans le monde ont subi une forme ou une autre de mutilation sexuelle. Il y a 15 ans, l'estimation portait sur 60 à 80 millions de personnes. Chaque année, les mêmes sources estiment que 3 millions de filles supplémentaires connaissent le même sort, contre 2 millions il y a quinze ans. La plupart d'entre elles vivent dans 28 pays africains de la ceinture sud-saharienne, un plus petit nombre vit au Moyen-Orient et dans des pays d'Asie. Les migrations de population expliquent qu'on en trouve de plus en plus dans les autres régions du monde.

Les avis divergent sur l'ampleur du recul de la pratique de l'excision durant les vingt dernières années : UNICEF estime que l'abandon de l'excision chez les générations jeunes est net et général dans la quasi-totalité des pays. Par contre, Population Reference Bureau l'évalue à quelques pour-cent seulement. Les deux sources s'accordent pour estimer que le déclin de l'excision se manifesterait de préférence dans les milieux urbains, davantage éduqués, et jouissant de revenus plus importants. Comment concilier ces conclusions avec celles qui annoncent, sans souvent le justifier, le doublement en quinze ans du nombre global de femmes excisées et à risque de l'être dans le monde ? Comme le résume Population Council : "En dépit de son enracinement culturel, et même sans intervention ciblée, on observe un progressif abandon dans nombre de pays. Le défi est d'identifier des approches propres à en accélérer le déclin".

L'Afrique de l'Ouest est l'un des deux principaux foyers de l'excision dans le monde, l'autre étant centré sur l'Afrique du Nord-Est. Les pays francophones les plus touchés sont la Guinée, le Mali et le Burkina Faso, ainsi que la Mauritanie, la Côte d'Ivoire, le Sénégal et le Bénin. La pratique de l'excision proprement dite (c'est-à-dire hormis l'infibulation) y touche la quasi majorité des populations nationales, ou de certaines zones ou ethnies nationales .

Les MGF sont-elles des pratiques positives ou néfastes ? L'alerte lancée dans le contexte du mouvement féministe international assimilait l'excision à une pratique barbare. Rapidement, les africaines ont manifesté leur engagement à traiter elles-mêmes de la question dans le cadre de leur propre revendication identitaire et culturelle. L'action endogène s'est fédérée à partir de 1984, à partir du monde médical et des organisations non gouvernementales, autour du Comité Interafricain de Lutte contre les Pratiques Traditionnelles Néfastes , qui agit en coordination avec les pouvoirs publics et l'appui de nombreuses organisations de la société civile, pour promouvoir la santé des femmes et des enfants. Ces actions de prévention mettent l'accent sur l'information des groupes organisés (groupements féminins, leaders civils, religieux, et d'opinions), praticiens (personnels de santé et exciseuses). Les principaux(les) concernéEs (les jeunes hommes et jeunes filles) ont presque toujours été davantage considéréEs comme bénéficiaires ultimes des actions de prévention, plutôt que partenaires directs de ces actions.

La problématique s'est ensuite développée sous le signe de la lutte contre la violence et la promotion des droits humains, dans le fil des diverses conférences internationales et régionales . Outre qu'elle est une violation du droit à la santé (voir Annexe), l'excision est assimilée à la torture et à un traitement cruel, inhumain et dégradant dont les personnes doivent être protégées par l'action publique. Les raisons avancées pour justifier l'excision sont basées sur l'ignorance et la pression sociale.

L'excision est particulièrement combattue au nom des droits de l'enfant, qui doit avoir la possibilité de se développer physiquement à l'abri de toute forme de cruauté. Les parents n'excisent pas leurs filles par malveillance, mais dans leur intérêt, en termes de valorisation personnelle et sociale, afin d'assurer leur capacité au mariage. Par contre, les opposants à l'excision considèrent l'enfant comme une victime qui n'a pas capacité de donner son consentement valide et éclairé et n'est pas en mesure de pouvoir ni de savoir le refuser.

L'analyse féministe fait valoir que l'excision constitue la négation de l'intégrité sexuelle et corporelle de la femme et de la jeune fille : c'est une violence contre la sexualité, le déni aux femmes du droit à contrôler leur propre corps, et la perpétuation d'une vision sociale patriarcale qui considère comme immoral voire socialement nocif le désir sexuel de la femme, à la différence de celui de l'homme.

Discrimination fondée sur le sexe, l'excision apparaît alors comme contrevenant au droit à la libre citoyenneté . Eduquées dès leur plus jeune âge à valoriser les rôles de genre assignés aux femmes, rôles qui relèvent principalement de la sphère du privé au détriment du domaine public, les filles et jeunes femmes n'ont pas le réel pouvoir de faire respecter leurs droits personnels par leur communauté, y compris à long terme. Des cas de filles ayant échappé dans leur jeunesse à l'excision mais contraintes de s'y plier sous peine de répudiation, au moment du mariage, ont été rapportés . En présence des détenteurs du pouvoir communautaire et politique, la participation des jeunes filles aux processus de renonciation collective à l'excision est marginale ,.

Les jeunes hommes, tout autant qu'elles dépourvus d'informations saines et fondées sur la question de l'excision, ses risques et son utilité, sont trop souventdéresponsabilisés dans ce débat généralement considéré comme "une question de femmes". Ils se plient aux normes communautaires et/ou s'en désintéressent, alors même qu'ils pourraient facilement jouer un rôle décisionnel ou d'influence important, s'ils savaient et/ou pouvaient utiliser les instruments juridiques maintenant mis à leur disposition pour s'opposer à la pratique et, comme leurs compagnes, bénéficier d'outils, d'informations et de services destinés à les appuyer dans ce sens.

Dans le domaine de l'excision, aucune action n'a jamais tenté systématiquement d'associer les jeunes hommes et jeunes femmes, afin que l'instauration d'un dialogue permette la transformation des relations de genre vers davantage d'égalité, au sein des générations montantes. La plupart des jeunes garçons, convaincus que l'excision est "une affaire de femmes", ne se sentent pas nécessairement investis de la responsabilité d'en protéger leurs propres filles à naître. De même, les femmes de moins de vingt ou vingt-cinq ans qui ont échappé à l'excision ne sont pas spécifiquement soutenues, maintenant qu'elles doivent à leur tour faire face à leurs obligations sociales, matrimoniales et maternelles, au cas où leur communauté d'alliance imposerait l'excision, soit d'elles-mêmes, soit de leurs filles nées ou à naître. Leur capacité à influer sur le comportement de leurs égales (peer education) n'est pas développée.

Les premières campagnes de prévention ont mis l'accent sur l'information, l'éducation et la communication, pour vulgariser, auprès des organisations de femmes et des personnels de santé, les risques sanitaires individuellement encourus du fait de la pratique. Elles ont heurté les communautés pour lesquelles l'excision était unimpératif culturel ou religieux impossible à remettre en question. Pourtant, parallèlement à l'évolution du discours public et institutionnel sur la pratique de l'excision, et bien que la vulgarisation locale en reste à faire, le discours religieux musulman a maintenant remarquablement évolué, et dénie, par la voix de ses plus hautes instances, toute caution religieuse à la pratique des MGF . L'évaluation des actions visant spécifiquement à encourager, dans le cadre de la lutte contre la pauvreté, lesexciseuses à abandonner leur pratique sembleraient indiquer qu'une action spécifique, même si elle cible en priorité l'un ou l'autre des acteurs doit être menée en liaison avec l'ensemble des autres acteurs communautaires.

Basée sur l'éducation en langues nationales aux droits de la personne, l'action communautaire, initiée par l'ONG Tostan , a eu un impact important, se traduisant par des engagements collectifs pour l'abandon de l'excision. Ces abandons se font maintenant en cascade du fait de l'attention maintenant accordée aux réseaux matrimoniaux fondant les relations intercommunautaires, auxquels il est difficile pour les femmes d'échapper.

En termes de recherche, l'activité a surtout consisté à produire des outils de plaidoyer visant à démontrer la réalité, l'ampleur et les déterminants sociaux (opinions, attitudes, facteurs de changement) de l'excision, au travers de nombreuses études de cas menées selon des méthodologies diverses dans une perspective socioculturelle "épidémiologique". Puis à produire des statistiques à titre d'instrument de décision politique, par le biais des grandes enquêtes et recensements démographiques et sanitaires nationaux. Utiles pour éveiller l'intérêt public et stimuler les actions et politiques, ces actions de recherche ne suffisent pas à faire cesser les pratiques au niveau communautaire.

Les institutions de coopération au développement, bilatérales, multilatérales et internationales ont engagé des projets de recherche pour soutenir l'action et fédérer les initiatives institutionnelles . UNICEF soutient la recherche statistique, analytique et politique pour orienter l'action de terrain . L'OMS travaille sur la justification du plaidoyer en matière de santé, les stratégies, la recherche-développement, la production de matériels de formation et la formation des prestataires de santé. Le FNUAP et UNIFEM soutiennent l'action de terrain et le plaidoyer politique. L'USAID appuie la collecte des données statistiques, leur évaluation et la diffusion de l'information.Population Council travaille sur l'évaluation des actions de terrain. Tostan oriente actuellement ses recherches sur l'utilisation de la théorie des jeux et la cartographie des relations matrimoniales comme outil d'appui à ses actions. Parmi bien d'autres organisations, Rainbo et le Center for Reproductive Law and Policy , GTZ , Save the Children se sont aussi impliquées dans la recherche en soutien de l'action.

Des recherches et actions ont été menées sur les possibilités d'agir sur les facteurs de changement : actions participatives, reconversion des exciseuses, rites alternatifs de passage, collaboration avec les diasporas, intégration régionale, actions communautaires, stratégies socio matrimoniales des lignages. Les méthodologies de terrain qui semblent avoir eu le plus de succès sont fondées sur six principes directeurs : 
• Une approche non coercitive et non critique dont l’objectif premier est le respect des droits humains et l’émancipation des femmes et des filles, en particulier en termes de santé et d'éducation.
• Une prise de conscience collective des dégâts provoqués par la pratique. 
• La décision collective d’abandonner la pratique en tant que choix d’un groupe capable d’organiser et de réaliser des initiatives collectives. 
• La déclaration communautaire explicite et publique, de l'engagement collectif d’abandonner l’excision et les MGF. 
• Un processus de communication méthodique enclenchant une dynamique sociale pouvant servir à accélérer et promouvoir le processus d’abandon. 
• Un contexte politique public, civil et médiatique propice au changement : mesures et législation sociale appropriées, campagnes et programmes de sensibilisation

Ces conclusions recoupent les leçons apprises dans le domaine de la communication pour le changement social. Les stratégies fondées sur la création d'espaces communautaires de discussion, la facilitation de discussion et d'échange, la négociation collective pour le consensus communautaire, doivent s'assurer de l'appui des membres de la communauté et chercher à promouvoir un dialogue et un consensus communautaires plutôt que de diffuser des messages cherchant à modifier des comportements. Le but est d'inclure tous les groupes de la communauté dans les négociations, en particulier les femmes et les jeunEs qui en sont affectés, de faciliter la discussion parmi et entre les groupes de la communauté, de façon à ce que toutes les perspectives puissent être prises en considération et introduire des informations nouvelles dans la discussion, afin que l'action soit fondée autant sur le savoir que sur la préférence culturelle. Il est essentiel que la communication soit non-directive, et ne tente pas d'imposer des messages conçus a priori.

Effectivement, les communautés déplorent que les méthodes utilisées jusqu'ici militent pour l'abandon d'une pratique traditionnelle - certes néfaste pour la santé et d'une nécessité culturelle ou religieuse de moins en moins affirmée - sans savoir la remplacer par une autre démarche qui permette d'en conserver certains des effets induits positifs qui lui étaient attribués, tels que la préservation des valeurs morales, la solidarité entre groupes d'âges, la transmission de valeurs culturelles, la préparation à la vie d'adulte. Il revient aux interventions extérieures de proposer le contenu de cette démarche complémentaire, tout au plus de fournir les conditionsdans lesquelles les communautés (et leurs différentes composantes) puissent discuter en leur sein de la façon dont elles pourraient parvenir à les construire elles-mêmes.

Au delà de la sphère communautaire et locale, le succès des actions de terrain a bénéficié des campagnes internationales politiques et juridique, (Amnesty International , Union Inter Parlementaire , AIDOS ). Selon l’UNICEF, 13 pays africains disposent de lois réprimant les mutilations sexuelles féminines et autres types de violences faites aux femmes. Le degré actuel de la législation africaine sur l'excision permet d'engager un processus d'intégration régionale des politiques pour pallier aux toujours possibles stratégies de contournement de la loi. Une politique d'action régionale devrait se baser sur :
• L'approche multidisciplinaire et inclusive, privilégiant l'information et le dialogue, y compris en langues nationales, entre les différents acteurs publics, civils et citoyens, y compris les femmes, les jeunEs et les communautés ;
• La promotion des droits de la personne, du droit à l’éducation, à la santé, au développement, et de la lutte contre la pauvreté ;
• L'approche collective et fondée sur une démarche intégrative et coordonnée.

La lutte contre l'excision a parcouru un bien long chemin en vingt années. La préoccupation suscitée par la pratique des MGF est reconnue comme légitime. L'état de l'opinion publique s'est transformé, se détachant du tabou et libérant la parole, notamment celle des communicateurs de développement. L'engagement institutionnelsoutient massivement les multiples actions militantes et communautaires des acteurs civils endogènes initiaux. Les décideurs publics en sont maintenant à se coordonner au plan régional pour stimuler l'action nationale. Le "verrou" de l'impératif religieux est en voie de se résorber. En articulant les politiques de lutte contre l'excision sur les politiques de citoyenneté, tant au niveau central que local, au sommet qu'à la base, on peut installer les conditions d'un développement humain durable, et directement ou indirectement contribuer à atteindre cinq des huit Objectifs du Millénaire pour le Développement .

On peut s'interroger sur l'impact de la somme d'efforts investis dans la recherche, les actions politiques et les interventions de terrain, depuis une vingtaine d'années et de l'impact, durant la même période de l'évolution concomitante du contexte global. Quels facteurs d'innovation pourraient-ils être associés aux politiques de lutte contre l'excision, pour affermir l'impact de celles-ci ?

Les TIC, un enjeu de développement

La problématique de la contribution des TIC au processus de développement en Afrique a été formulée depuis 1996 (Initiative AISI ), réitérée lors de la conférence Bamako 2000 , et développée tout au long du processus du Sommet Mondial sur la Société de l'Information . On attend d'elles qu'elles permettent non seulement le développement économique, mais aussi social, citoyen, collectif, démocratique, personnel, principalement en termes de droits à l'information, à l'expression, et à la communication, favorisant l'expression et la protection des droits de la personne dans une société démocratique et durable . Les TIC peuvent constituer autant d'outils de communication sociale pour le changement et ont été utilisées pour promouvoir le changement des comportements et pratiques en termes de pratiques sexuelles ou de protection contre le VIH/SIDA : Portail Internet du Réseau Infojeunesse , Réseau électronique Sida Afrique , Punto J , campagne Stop Sida .

Quelques applications ont été produites sur la question de l'excision (pages web, quelques CD-ROM), principalement à visée institutionnelle et dans des formats et des langues qui ne les rendent pas appropriables par les communautés excisantes des pays d'Afrique de l'Ouest francophone, ni par les jeunes. Pourtant, utiliser stratégiquement les TIC, en y associer activement les jeunEs, permettrait de franchir un pas décisif dans la prévention de l'excision, de diffuser le savoir et l'information, de promouvoir les échanges, la communication et l'intégration, dans des langues, des formats et des applications pertinentes pour les communautés, tout en renforçant leurs capacités de participation citoyenne. Mais les besoins des jeunEs des communautés excisantes en termes de TIC sont très peu connus et donc loin d'être satisfaits correctement. Faute de réponses adaptées, les jeunes se rabattent souvent sur des contenus préjudiciables à l'égalité des relations de genre.

L'évaluation de l'impact des expériences d’introduction et d’appropriation des TIC dans les communautés défavorisées insiste sur le fait que les changements dépendent du degré de participation communautaire, de l'implication de champions et de leur inscription dans la durée . En permettant de fournir des informations et contrer la désinformation, de créer des groupes d'échange, de défense et de pressionpar la mobilisation, la mise en réseau et le renforcement des capacités locales, d'assurer une plus grande liberté d’expression, les TIC permettent de changer les attitudes et d'influer sur les comportements par l’éducation à distance et par les pairEs, et peuvent être un outil de communication efficace .

Certes, les communautés excisantes, en d'Afrique de l'Ouest francophone, sont, de manière générale, en marge du développement, et se situent du mauvais coté de la fracture numérique : davantage analphabètes, pauvres, mal desservies en moyens, infrastructures et équipements de communication, peu ouvertes à l'innovation, peu associées aux décisions. Par contre, les facteurs de marginalisation bouleversent pour une part ceux des communautés traditionnelles : ainsi les femmes sont marginalisées dans les deux cas, mais, en termes de TIC, les générations jeunes sont généralement mieux placées que les aînés . Les jeunEs, et en particulier les jeunes femmes sont les grands gagnantEs de la révolution numérique, y compris en termes de relation de genre : ils/elles et devraient, pour cette raison, être activement associéEs, sous le signe des TIC, à la lutte contre l'excision.

A partir d'une situation encore récemment caractérisée par la pénurie, le rythme de pénétration des TIC dans les pays d'Afrique francophone, est dorénavant relativement soutenu , notamment en termes de téléphonie publique, d'accès communautaire, de connectivité à Internet, et, de manière spectaculaire, de téléphonie mobile . Les communautés excisantes, souvent les plus reculées, sont de plus en plus touchées par la révolution numérique, notamment au travers de leurs populations jeunes.

Outre les difficultés de connectivité, d'autres handicaps limitent actuellement l'apport des TIC à la lutte contre les MGFLes applications de TIC répondant aux besoins des communautés reculées proposent peu de contenus appropriés, et dans des formats adéquats, sur les droits de la personne, de la reproduction, de la santé, de la sexualité saine et sur les MGF.

De nombreuses applications fonctionnelles pourraient être envisagées parmi les diverses solutions techniques possibles, tout en tenant compte des contraintes de connectivité limitant l'usage des TIC par les communautés excisantes. Chacune présente ses propres avantages et inconvénients, tant du point de vue technique, que de son utilité personnelle, communautaire et citoyenne. L'important n'est pas d'en dresser ex-cathedra une liste exhaustive, mais de déterminer, avec les jeunEs, en concertation avec leurs partenaires de la communauté, lesquelles seraient, dans leur contexte spécifiques, les mieux indiquées pour fournir quel contenu en quel format, et à quelles fins de développement, tant citoyen que communautaire, individuel et personnel, y compris en termes de relations de genre, et de participation au processus d'intégration africaine.

Jeunesse et citoyenneté

La question de l'excision est restée marginale dans les grandes problématiques de développement qui ont pris de l'ampleur durant la même période : les relations entre MGF et citoyenneté ont été peu explorées. Si l'excision, bien que relevant de la sphère du privé, voire même de l'intime, est une atteinte au droit des femmes à leur intégrité corporelle, elle relève du domaine des politiques publiques. A ce titre, elle doit être interrogée en termes de citoyenneté et de participation à la négociation collective et à la prise de décision.

Si les politiques de lutte contre l'excision n'ont pas réussi, en l'espace d'une génération, à mettre fin à la pratique, c'est peut-être parce qu'elles sont encore trop limitées à l'action politique publique au "sommet", et pas suffisamment à la coordination d'actions politiques populaires, "à la base". Jusque là, le plaidoyer, les informations, les stratégies ont principalement ciblé les institutions et acteurs les plus immédiatement identifiables : les législations nationales, les institutions et organisations nationales, les leaders civils, politiques, locaux, religieux qui détiennent formellement la capacité de négociation et le pouvoir de décision. Par contre, ce n'est que récemment que l'accent à été mis sur les acteurs et les mécanismes communautaires endogènes de négociation et de décision, tels que les réseaux intercommunautaires et lignagers.

Les jeunEs , catégorie unique du point de vue de la tranche d'âge, mais duelle du point de vue des spécificités de genre, sont largement ignoréEs des politiques de prévention, tant formelles que communautaires, alors même qu'ils/elles sont les premierEs concernéEs. Assurant actuellement la relève des générations, y compris en termes de citoyenneté, ils/elles peuvent être d'importantEs acteurEs de changement, et disposent pour cela de facilités et d'outils spécifiques à leur tranche d'âge.

Les jeunes femmes sont davantage encore marginalisées. Elles sont les principales concernées par la pratique des MGF et ses risques, elles sont l'objet des relations lignagères d'échange qui fondent les relations intercommunautaires, elles mettent au monde la nouvelle génération de fillettes qui sera à risque d'excision. Et elles sont totalement démunies de tout pouvoir d'information, d'expression, de communication, de décision et de contrôle sur leurs propres corps et celui de leurs filles nées ou à naître, face aux impératifs qui leurs sont signifiés par leurs divers représentants. La situation peut être plus difficile encore pour celles des jeunes femmes qui ont bénéficié, individuellement, des politiques de prévention, et qui n'ont pas été excisées. Parvenues à l'âge d'entrée sur le "marché matrimonial", celles qui sont destinées à être mariées dans des communautés qui n'ont pas renoncé à l'excision sont dans une situation à risque de rupture sociale : ne seront-elles pas dans l'obligation de se faire exciser si leur belle famille l'exige ? Pourront-elles protéger leurs propres filles à naître de l'excision ? Sur quel appui communautaire ou institutionnel pourront-elles compter ? Pourront-elles faire figure de modèle auprès de leurs égales, capables d'avoir un effet d'entraînement, ou bien resteront-elles indéfiniment des exceptions, même positives ?

Les jeunes hommes s'approchent de l'âge où ils seront investis d'autorité familiale, sociale, communautaire et politique. Pourront-ils se comporter en citoyens informés et responsables, et œuvrer pour la promotion des droits de la personne, y compris en termes d'égalité des relations entre les hommes et les femmes, en acceptant le renforcement des capacités et des pouvoirs des femmes (empowerment), et participer à la lutte contre les discriminations basées sur le genre, dont relève la pratique de l'excision ?