Réseau Genre et TIC
Le réseau genre et TIC (regentic)

Promouvoir l'égalité de genre dans la société de l'information

famafrique
enda
ART
osiris
Informations
enda environnement et développement du tiers monde : synfev(a)enda.sn
OSIRIS - Observatoire des systèmes d'informations, réseaux et inforoutes au Sénégal : osiris(a)osiris.sn
ART - Agence de régulation des télécommunications : art(a)art.sn

Atelier "Sommet Mondial sur la Société de l'Information (Genève 2003) :
restitution aux femmes sénégalaises", Dakar, 15 janvier 2004

"De Genève à Dakar : perspectives nationales de la société de l'information du point de vue de l'égalité de genre" par Abdoul Aziz Sall

Introduction

La problématique de la femme dans la société de l'information a été un des thèmes majeurs du Sommet Mondial sur la Société de l'Information qui a eu lieu à Genève du 10 au 12 décembre 2003.

Cette problématique a été portée à ce niveau stratégique d'orientation et de décision par les femmes elles-mêmes au plan mondial, représentées par le groupe dénommé " Caucus Genre " du SMSI : les enjeux sont de taille et vont au-delà de la simple prise en compte de la dimension " genre " dans la société de l'information. Ils embrassent les questions liées à l'équité, la réduction de la pauvreté, l'élimination des gaps économique, technologique, culturel et social ; au respect des droits humains fondamentaux, à l'égalité de genre, à la paix et à l'environnement durable. Toutes choses reflétées dans la conception commune de la société de l'information, fixée dans la Déclaration de principes du sommet de Genève : " une société à dimension humaine, inclusive et privilégiant le développement, une société de l'information, dans laquelle chacun ait la possibilité de créer, d'obtenir, d'utiliser et de partager l'information et le savoir et dans laquelle les individus, les communautés et les peuples puissent ainsi réaliser l'intégralité de leur potentiel dans la promotion de leur développement durable et l'amélioration de leur qualité de vie, conformément aux buts et aux principes de la Charte des Nations Unies ainsi qu'en respectant pleinement et en mettant en œuvre la Déclaration universelle des droits de l'homme. "

Pour faire entendre leurs voix et harmoniser leurs positions lors du Sommet, le groupe des femmes a tenu une série de réunions thématiques en prélude et en marge du programme officiel, dans lequel elles ont pris part à travers plusieurs rencontres déterminantes.

A total, le Caucus Genre a organisé dix panels et deux table-rondes :

  • Les Média dans la Société de l'Information ;
  • Thème régional : Afrique ;
  • Thème régional : Asie et Pacifique ;
  • Thème régional : Amérique latine et Caraïbes ;
  • Thème régional : Asie milieu Est et Ouest ;
  • Thème régional : Europe et Amérique du Nord ;
  • Vers un Plan d'action pour une société de l'information équitable ;
  • Voix critiques: perspectives féministes sur le rôle de la société de l'information dans la promotion du développement humain ;
  • Voix critiques: création d'opportunités pour les femmes dans la société de l'information ;
  • Vers Tunis ;
  • Focus sur la recherche académique et la collaboration Nord Sud (Table-ronde);
  • Jeunes femmes dans les TIC pour le Développement (Table-ronde).

Un des objectifs du " Caucus Genre " était la prise en compte dans la Déclaration de Principes et le Plan d'Action du sommet, des recommandations ainsi libellées :

  • l'égalité de genre devrait être un principe fondamental d'action ;
  • participation équitable aux décisions formant la société de l'information ;
  • une approche multimodale des nouvelles et anciennes Technologies de l'Information et de la Communication ;
  • concevoir les Technologies de l'Information et de la Communication pour servir le peuple ;
  • renforcement des capacités pour une participation globale ;
  • évaluation et analyse des recherches permettant de guider l'action.

Substance des travaux

La question des droits de l'Homme, en particulier celle des femmes a été au centre de toute cette réflexion et le prisme à travers lequel toutes les questions relatives à la société de l'information ont été abordées lors du sommet de Genève. Le panel sur les droits de l'Homme et la Femme dans la société de l'information, en prélude aux travaux du Sommet, organisé par la Coordination des ONG Africaines -CONGA-, Femmes Afrique Solidarité-FAS-, l'Association Tunisienne des Mères-ATM- et le Comité du Statut de la Femme a été l'occasion de faire le bilan de ce qui a été fait entre les sommets de Vienne et de Beijing : du point de vue des droits de la femme, le constat est que les avancées restent timides. Ainsi, dans la perspective de la société de l'information, l'accent a été mis sur la nécessité de promouvoir les droits de la femme, de lutter contre la discrimination et la pauvreté et d'influer sur le cadre d'existence des femmes, car il a été observé que les problèmes des femmes sont spécifiquement liés à leur cadre d'existence.

Le caucus genre a approfondi cette réflexion avec le thème " perspective africaine en terme de genre ". L'évaluation des différentes plates-formes adoptées par les Etats africains et l'analyse du rôle des sociétés civiles dans ce cadre sont apparues comme des préalables. Toutefois les progrès réalisés en Afrique sur la question des femmes ont été soulignés, la parité au sein de la commission africaine depuis le dernier sommet de Maputo, le rôle des femmes dans la recherche de la paix dans les zones de conflit - Mouvement MANOREVA pour la PAIX- le prix des Nations Unies pour les droits de l'Homme 2003 a été décerné par l'Assemblée générale des Nations Unies au Réseau des femmes de la région du fleuve Mano - qui borde le Libéria, la Guinée et la Sierra Léone- , l'utilisation de la radio par les femmes dans les zones de conflit pour promouvoir le dialogue -Libéria- le plaidoyer en faveur des femmes sous l'égide de l'UNIFEM, à l'origine de l'Initiative Diaspora Numérique, un programme qui est parti du constat de la situation particulièrement difficile de l'Afrique, notamment des femmes, pour envisager l'apport de sa diaspora qui connaît une réussite fulgurante dans le domaine des TIC. L'objectif de l'Initiative Diaspora Numérique est la potentialisation des connaissances au bénéfice des femmes, de fournir des opportunités à celles-ci, d'accroître les options offertes par les TIC pour la transformation des femmes en Afrique et la lutte contre la pauvreté.

L'action de l'UNIFEM, saluée lors du panel " Afrique", en Ouganda - avec un projet pour l'accès des femmes aux média-, en Somalie - avec un centre multi-fonction, de formation et d'appui aux activités à travers les TIC-, en Erythrée et au Rwanda dans le cadre de l'Initiative Diaspora Numérique; a également porté sur la création de réseaux, dont le Caucus Genre du SMSI fondé en 2002 à Bamako et qui est devenu un organe mondial, la facilitation de la participation des femmes à la conférence régionale africaine et l'appui à un groupe de discussion des femmes ainsi que sur un projet de Fonds pour les femmes dans la société de l'Information.

L'option de l'UNIFEM d'appuyer les femmes dans la société de l'information en promouvant les TIC est conforme à la vision dégagée dans la Déclaration de principes relativement aux TIC "… le développement des TIC est porteur de multiples opportunités pour les femmes, qui devraient faire partie intégrante de la société de l'information et en être des acteurs clefs. Nous sommes résolus à faire en sorte que la société de l'information favorise l'autonomisation des femmes et leur participation pleine et entière, à égalité avec les hommes, dans toutes les sphères de la société, à tous les processus de prise de décision. Nous devrions favoriser l'égalité entre les hommes et les femmes et, à cette fin, utiliser les TIC comme outil. "

Cette vision n'a pas manqué de soulever le débat sur les TIC dans le contexte africain qui révèle une réalité faite pour l'essentiel de déficit en matière d'infrastructures, mais aussi marquée par l'analphabétisme considéré comme un facteur bloquant quant à l'utilisation des TIC, les conflits, la pauvreté, au point de favoriser l'interrogation sur la pertinence pour l'Afrique de se tourner vers les TIC et ainsi se détourner des besoins les plus élémentaires de ses populations. Et il est établi que ces obstacles à l'utilisation des TIC en Afrique se posent plus aux femmes notamment celle du monde rural pour des raisons évidentes.

Même si des raisons objectives peuvent justifier cette préoccupation, il convient de relever le manque de compréhension du rôle des TIC, qui se présentent comme des leviers potentiels dans un processus de développement plutôt que de simples besoins secondaires, rangés à tort ou à raison dans la catégorie des biens de consommations dits de lux.

L'intitulé du rapport du PNUD (Mettre les nouvelles technologies au service du développement humain) est suffisamment révélateur de ce fait. Ce rapport parle des TIC en ces termes " Elles créent des possibilités nouvelles de faire avancer la santé, la nutrition ; d'élargir les savoirs ; de stimuler la croissance économique et de donner aux individus les moyens de participer à la vie collective "

Il apparaît donc, clairement, qu'une volonté politique, et au-delà un leadership affirmé, est nécessaire pour impulser une dynamique d'appropriation des TIC par les populations et poser des actes concrets. La Tunisie et la Jordanie ont été cité en exemple lors d'un panel du Caucus Genre, à travers des expériences classées dans les " meilleures pratiques ". Le Sénégal et le Mali ont été également cités avec des expériences qui mettent en évidence des concepts et valeurs de solidarité qui visent la réduction du fossé numérique par la connexion du Nord au Sud, des Hommes aux femmes et entre les générations.

La question de l'appropriation des TIC par les femmes a été mise en lien avec le débat sur les logiciels libres. Un atelier organisé par l'APC et Femmes-Afrique a eu pour thème " Enjeux des logiciels libres pour les femmes africaines et les réseaux citoyens " et a enregistré l'intervention de Mme Marie-Hélène Motin Sylla. Les logiciels libres, qu'elle situe " au cœur des TIC, du développement et du savoir dans la civilisation numérique " qui se présentent, à priori, comme des opportunités pour les femmes se heurtent aux " racines de la marginalisation des femmes : l'éducation, les stéréotypes et les applications économiques ". En terme d'actions pour inverser cette tendance, il a été préconisé :

  • la formation des organisations de femmes à l'utilisation des logiciels libres -
  • la formation des informaticiennes à l'analyse de genre et à la production de logiciels libres
  • le développement des logiciels libres assurant une plus grande égalité de genre (ex : synonymes, traduction, gestion de la santé, économie informelle, droits des femmes)
  • le plaidoyer dans les mouvements africains sur les logiciels libres
  • la recherche (y compris en contenus) et la médiatisation.

La question du genre dans les textes de référence de Sommet de Genève et dans la Déclaration de la société civile

La question du genre, en termes d'égalité entre les hommes et les femmes, mais aussi de droit pour les femmes en conformité avec les principes de la Charte des Nations Unies et de la Déclaration universelle des droits de l'homme, traverse les textes adoptés par le Sommet de Genève que sont la Déclaration de principes et le Plan d'action. De même que la Déclaration de la société civile à ce sommet.

Dans la Déclaration de principes il est affirmé que " l'enjeu est de tirer parti du potentiel des technologies de l'information et de la communication (TIC) pour promouvoir les objectifs de développement énoncés dans la Déclaration du Millénaire, à savoir l'éradication de l'extrême pauvreté et de la faim, l'éducation primaire pour tous, l'égalité hommes?femmes et l'autonomisation des femmes, la lutte contre la mortalité infantile, l'amélioration de la santé maternelle, la lutte contre le VIH/SIDA, le paludisme et d'autres maladies, la durabilité de l'environnement et l'élaboration d'un partenariat mondial pour parvenir à un développement propice à l'instauration d'un monde plus pacifique, plus juste et plus prospère. Nous renouvelons en outre notre engagement de parvenir à un développement durable et d'atteindre les objectifs de développement arrêtés dans la Déclaration de Johannesburg et son plan d'application et dans le consensus de Monterrey, ainsi que dans d'autres documents de Sommets pertinents des Nations Unies. "

De façon spécifique, il est question dans le chapitre "renforcement des capacités" du Plan d'action, de" S'efforcer de supprimer les barrières qui existent entre les hommes et les femmes dans le domaine de l'éducation et de la formation aux TIC, et de promouvoir l'égalité des chances en matière de formation dans les domaines liés aux TIC pour les femmes et les jeunes filles. Des programmes d'intervention précoce dans les matières scientifiques et techniques devraient être prévus pour les jeunes filles, l'objectif étant d'augmenter le nombre de femmes spécialisées dans les TIC. Il conviendrait de promouvoir l'échange des meilleures pratiques dans le domaine de l'intégration du principe de parité hommes/femmes en matière de formation aux TIC. "

La Déclaration de la société civile s'est prononcée plus largement sur les Droits de la femme : " Pour que les droits de la femme puissent être mis en place dans la société de l'information et de la communication tels qu'énoncés dans la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et dans la Déclaration et le plan d'action de Beijing - cinquième Conférence mondiale sur les femmes-, il est crucial d'admettre les inégalités, les disparités et les désavantages dont souffrent les femmes et d'y remédier. A cet effet, il faut tenir compte des différences entre hommes et femmes et de la manière dont elles se traduisent en développant des niveaux différenciés d'accès, de débouchés, de participation et d'utilisation des TIC. Il faut veiller à ce que les interventions et les programmes relevant des pouvoirs publics ou des autorités judiciaires tiennent pleinement compte de ces différences. Pour assurer l'égalité des femmes en toute efficacité et donc leur permettre de pouvoir véritablement revendiquer et exercer leurs droits fondamentaux, il faut adapter une approche analytique fondée sur l'égalité réelle comme base du contenu des politiques et des programmes en matière de TIC. Cette approche suppose que les mesures prises pour promouvoir les droits des femmes transforment la relation inégale entre les femmes et hommes. Les femmes ont non seulement besoin de bénéficier de l'égalité en matière de débouchés mais également de l'accès à ces débouchés et de pouvoir pleinement s'approprier leur mise en œuvre. "

Le plan d'action du Sommet de Genève, dégage de façon générale, des objectifs, des buts et des cibles et doit être mis en œuvre à l'échelle nationale en fonction des priorités de chaque pays.

Perspectives nationales et égalité de genre

La mise en œuvre à l'échelle nationale du Plan d'action incombe à l'ensemble des acteurs. Et une réflexion sur une stratégie nationale à cet effet doit être menée dans les meilleurs délais.

Cette stratégie devra toutefois obéir à la démarche de partenariat tripartite Etat/Secteur privé/Société civile, préconisée par les Nations Unies ou à l'approche multi-acteurs qui garantie une participation plus large des acteurs à la construction de la société de l'information.

Pour être en conformité avec l'esprit du Sommet de Genève, la stratégie nationale pour la société de l'information doit intégrer l'égalité de genre comme principe transversal d'action. Mais la prise en compte de ces recommandations contenues dans les textes de référence du sommet n'est pas un acquis, gage des résultats concrets attendus. La coordonnatrice du Caucus Genre du SMIS, Dr Gillian Marcel, l'a si bien compris qu'elle a prôné, lors de la séance plénière finale du sommet, un suivi actif du Plan d'Action par les femmes et a demandé que les gouvernements rendent compte de leurs engagements dans ce cadre.

La préoccupation du Dr Marcel suggère la transposition de l'action des femmes au niveau national et leur prise de rôle dans le processus de construction de la société de l'information. Ce qui passe nécessairement par une bonne connaissance des enjeux liés à celle-ci

Un mécanisme de suivi et évaluation du Plan d'action du Sommet en coopération avec chaque pays concerné est prévu et devra être se prononcer périodiquement entre autres sur les questions de parité hommes/femmes dans la société de l'information.

La participation active des femmes à l'édification de la société de l'information à l'échelle nationale traduira, d'une part, le caractère inclusif de cette société, ce qui constitue un des premiers objectifs déclinés dans le Plan d'action du SMSI et garantira, d'autre part sans doute, le respect de l'égalité de genre.


famafrique ¦ Réseau Genre et TIC ¦ Contactez-nous ¦ Retour haut de page