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Atelier "Sommet Mondial sur la Société de l'Information (Genève 2003) :
restitution aux femmes sénégalaises", Dakar, 15 janvier 2004

Du plan d'action global à sa mise en oeuvre nationale,
par Eric BERNARD, Coordinateur des projets NTIC, Institut Panos Afrique de l'Ouest

La première phase du Sommet Mondial sur la Société de l'Information vient de s'achever. S'il est trop tôt pour en tirer les conséquences à l'échelle globale, il est d'ores et déjà certain que le processus ne prend son sens que dans son appropriation à l'échelle nationale et locale. En effet, sans prise en compte réelle par l'ensemble des acteurs qui construisent, au quotidien, la société de l'information, quel pourrait être l'impact effectif d'une déclaration de principes, certes généreux, et d'un plan d'action, trop général pour prendre en compte la diversité des situations ?

Le plan d'action de Genève et les cyberstratégies nationales

Le Plan d'action adopté à Genève le précise : " Tous les pays devraient encourager l'élaboration de cyberstratégies nationales […] d'ici à 2005 " . Toujours selon le plan d'action de Genève, ces cyberstratégies doivent impliquer " toutes les parties prenantes " , qui " devraient tenir compte des besoins et des préoccupations aux niveaux local, régional et national " . Ce sont ces cyberstratégies qui doivent permettre d'élaborer des politiques et des stratégies d'accès universel , d'assurer et d'améliorer la connectivité TIC dans les établissements scolaires, les universités, les établissements de santé, les centres communautaires etc. C'est dans leur cadre également que doivent être pris en compte les besoins des personnes âgées, des personnes handicapées, des enfants et de manière générale de tout groupe vulnérable ou défavorisé. Une stratégie nationale en matière de société de l'information est importante pour dresser l'état des lieux à un moment donné (qui seul pourra permettre réellement par la suite de savoir s'il y a eut amélioration ou pas, et dans quel domaine), mettre en synergie des initiatives similaires ou complémentaires, être pragmatique et concret dans l'action, offrir des idées, des solutions ou des alternatives parfois insoupçonnées, définir des priorités, ouvrir des perspectives, s'intégrer aux autres documents stratégiques existants (le DSRP notamment)…
C'est parce qu'une telle stratégie nationale n'est pas un livre de recettes techniques qu'elle requiert une très large participation.

Une stratégie participative

Qui cela concerne-t-il ? Qui sont les " parties prenantes " énoncées dans le Plan d'Action de Genève ? Il y a plusieurs réponses possibles à ces questions.

On peut considérer qu'il s'agit tout d'abord des acteurs de la société de l'information, ceux qui décident, créent, manipulent déjà les technologies numériques de l'information et de la communication. Ces acteurs se trouvent tout aussi bien au sein des structures étatiques que dans la société civile et bien sûr dans le secteur privé. Parce qu'ils connaissent bien le sujet ces acteurs sont indispensables à l'élaboration d'une stratégie nationale réaliste et opérationnelle. Cependant, on peut aussi considérer que la stratégie concerne tout aussi bien l'ensemble des personnes qui n'ont pas accès, ou un accès limité, à ces technologies et que cette absence (ou cette fracture numérique comme on l'appelle aussi) étant une des raisons d'être de ces stratégies, il est normal que ces individus et ces groupes participent activement à son élaboration. Enfin, on peut également constater que la société de l'information ne se limite pas aux technologies les plus avancées mais concerne toutes les activités ou l'information et la communication ont une part importante. Dès lors nous sommes tous citoyens de la société de l'information, qu'on y ait une part active ou qu'on le subisse, qu'on utilise le dernier gadget numérique ou qu'on n'ait jamais vu un ordinateur.

Chaque individu est donc naturellement citoyen de la société mondiale de l'information et, à ce titre, chacun a le droit et le devoir de contribuer à construire cette société, en commençant par son propre espace, local ou national. Pourtant chacun ne dispose pas du même degré d'information sur cette société, sur ses enjeux, ses opportunités, ses contraintes.

Un mécanisme de partage d'information

A l'automne 2003, l'Institut Panos Afrique de l'Ouest, avec le soutien du PNUD, débutait une initiative afin de contribuer à ce que la stratégie nationale sénégalaise soit la plus participative possible. Le Sénégal dispose en effet de tous les atouts pour élaborer une cyberstratégie modèle, dans son contenu comme dans son mode d'élaboration. Afin de permettre à tous d'être informé de l'état des lieux de la société de l'information sénégalaise, des acteurs et des initiatives en cours, de l'état d'avancement de la cyberstratégie mais aussi afin que tout groupe ou individu qui se sent partie prenante de la société de l'information au Sénégal puisse débattre et apporter sa contribution, un mécanisme d'échange d'information a été proposé, puis discuté en atelier le 27 novembre 2003.

Bien que constitué des éléments désormais classiques (un site web, une ou plusieurs listes de discussion, de la documentation hors ligne, des ateliers…) la valeur ajoutée de ce système d'information résidera principalement dans la dynamique humaine d'appropriation, d'analyse et de débats de ces éléments informatifs.

Ce mécanisme, ouvert à tous, a en effet été conçu dans un but précis : permettre l'information de tous et le débat constructif dans l'élaboration de la cyberstratégie sénégalaise. Ce n'est donc pas sur l'information elle-même que ce système insistera mais sur les producteurs et les utilisateurs de cette information, sur la transformation de l'information en savoir et du savoir en action.

Conclusion

Entre Genève et Tunis, non seulement il ne faut pas laisser perdre la dynamique qui tend vers une société de l'information plus inclusive, mais il faut la renforcer et la concrétiser à l'échelle nationale. Réduire la fracture numérique n'est pas seulement une question d'infrastructure, d'accès et de machines. C'est aussi permettre à chacun d'être informé, de réfléchir, de débattre et de décider sur une question pourtant fondamentale : " quelle société de l'information voulons-nous ? ".


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