Réseau Genre et TIC
Le réseau genre et TIC (regentic)

Promouvoir l'égalité de genre dans la société de l'information

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Atelier "Sommet Mondial sur la Société de l'Information (Genève 2003) :
restitution aux femmes sénégalaises", Dakar, 15 janvier 2004

Discours de Madame Micheline Ravololonarisoa, Directrice Régionale de l'UNIFEM

Monsieur le Représentant du Ministère de la Famille, du Développement Social et de la Solidarité Nationale,
Monsieur le Représentant du Ministère de l'Information et de la Coopération Panafricaine dans les Nouvelles Technologies de l'Information et de la Communication,
Madame la Représentante de OSIWA,
Mesdames et Messieurs les Représentants des organisations du système des NU
Monsieur le Représentant de l'Agence Universitaire Francophone
Monsieur le Représentant de l'ART,
Mesdames, Messieurs les membres du REGENTIC,
Mesdames les membres de l'Association Sénégalaise des Femmes Diplômées des Universités (AFSDU)
Mesdames et Messieurs les membres de L'Association des Chercheurs Sénégalais (ACS)
Mesdames et Messieurs les Représentants des organisations de la société civile,
Chers invités,

C'est un réel plaisir pour nous de constater que l'opérationalisation de la Déclaration du SMSI et des recommandations du Caucus Genre est déjà effective à travers ce séminaire de restitution sur le Sommet. L'UNIFEM voudrait donc vivement féliciter les initiatrices de cette importante rencontre.

Comme vous le savez, le Sommet a fourni à la communauté internationale l'occasion de réitérer sa volonté d'œuvrer pour construire une société de l'information fondée sur la justice sociale, l'équité, la dignité, la diversité, l'éthique et la solidarité. Il a été réaffirmé, lors de ce sommet, que les TIC peuvent servir de levier puissant pour la promotion des Objectifs du Millénaire pour le Développement, objectifs qui incluent l'égalité homme-femme et l'autonomisation des femmes comme priorité et comme dimension transversale dans toutes les autres priorités. La Déclaration met également un accent particulier sur le potentiel des TIC à jouer un rôle important pour la promotion des droits des groupes sociaux marginalisés et vulnérables, qui incluent les pauvres, les handicapé-e-s et les personnes âgées. Il s'agit donc de mettre le développement humain durable au centre des préoccupations dans le processus d'émergence de cette nouvelle Société de l'Information. Des pistes pertinentes ont été identifiée pour transformer la fracture numérique entre pays riches et pays pauvres, entre hommes et femmes, entre groupes nantis et groupes défavorisés, entre milieu rural et milieu urbain, en solidarité numérique. Il convient en effet de noter que, comme l'a mentionné le SG des Nations Unies, la fracture numérique doit être et peut être comblée, mais ce n'est pas tellement le capital financier qui importe mais plutôt le capital intellectuel. A cet effet nous mentionnerons quelques points.

Alors que nous investissons beaucoup d'efforts pour l'expansion de " l'accès " aux TIC, nous en accordons moins aux questions de genre qui façonnent l'environnement politique et réglementaire qui détermineront l'utilité et la pertinence de ces technologies dans les efforts d'éradication de la pauvreté. Le défi stratégique qui se pose à nous aujourd'hui est donc de trouver les points d'entrée qui assureront non seulement que les hommes et les femmes bénéficient des opportunités qu'offrent les NTIC, mais aussi qui puissent faire de ces NTIC de nouveaux supports pour une plus grande égalité politique et économique.

Au sein de l'UNIFEM, nous pensons que les préoccupations des femmes et celles sur le genre doivent influer sur l'environnement légal de conception, d'introduction et de distribution des technologies. Au cours des dernières années, nous avons travaillé pour appuyer les différentes utilisations par les femmes des technologies nouvelles et celles traditionnelles, en reconnaissant le pouvoir que celles-ci ont pour appuyer l'organisation du commerce au sein et entre les pays et les communautés. Le travail de UNIFEM tourne ainsi autour du contenu, de la connectivité, de la capacité et du contrôle. Ces quatre dimensions soutendent l'approche genre en matière de TIC.

Pour les femmes, le contenu est directement lié à l'utilisation. Si nous voulons que les femmes puissent utiliser l'Internet pour augmenter leur revenu, pour mener des activités en matière d'éducation et de plaidoyer, le contenu de l'Internet doit être plus pertinent, tant au niveau du contenu qu'au niveau du langage. Les femmes sont des productrices et des consommatrices d'informations et de la connaissance et ceci constitue un domaine important d'appui. Tant que nous considérerons les femmes uniquement comme des consommatrices de technologies, ou que les technologies sont neutres dans leur conception, les projets technologiques échoueront et ne feront pas la différence dans les relations de pouvoir qui soutendent, perpétuent et conditionnent la pauvreté féminisée.

Les connectivités et les échanges de plus en plus importants entre les pays et les continents, entre les organisations de femmes et les décideurs politiques, présentent de réelles possibilités pour les femmes. L'expérience des campagnes mondiales menées sur Internet par le biais des messages email, ou celle des femmes à la base utilisant le web pour obtenir les derniers prix de leurs produits, sont des histoires réelles. Toutefois nous devons garder à l'esprit que parce que la connectivité est parfois limitée à certains groupes, les risques d'exclusion et ses conséquences sont aussi réels.

Renforcer la capacité des femmes afin qu'elles puissent tirer profit des nouvelles opportunités et des nouvelles technologies est essentielle. Cependant, la capacité a un caractère multidimensionnel. Elle comprend non seulement la capacité des femmes à venir aux télécentres pour utiliser les ordinateurs, mais aussi la possibilité pour les femmes de pouvoir être en tête de file dans la conception de logiciels. Il est donc également crucial d'avoir un réseau d'hommes et de femmes qui comprennent l'environnement politique et réglementaire des TIC et qui puissent plaider pour une égalité entre les sexes dans le développement et la conception des nouvelles technologies. L'aptitude de pouvoir participer au processus de prise de décision, de pouvoir prendre position pour assurer l'égalité entre les sexes dans la conception, le développement, la distribution et la réglementation des TIC - au niveau des stratégies des gouvernements et de l'industrie- est aussi étroitement liée à une meilleure compréhension de la dimension genre des NTIC et à la disponibilité de données désagrégées par sexe dans le secteur des NTIC.

Il y a au moins trois catégories de décideurs qui ont une influence considérable sur le développement des NTIC et qui ont fortement besoin d'intégrer un perspective de genre et d'assurer une plus grande participation des femmes dans leurs actions : les directions des compagnies privées, les décideurs dans le domaine du développement économique et social et tous ceux qui sont préoccupés par la planification de la science et de la technologie. La manière dont les TIC faciliteront une augmentation des revenus des femmes et leur donneront de plus grandes opportunités dépend essentiellement des décisions politiques. Les choix technologiques, l'infrastructure, le prix et les tarifs peuvent être examinés et adaptés pour que les femmes ne soient pas exclues des avantages et de l'accès aux TIC.

Pour nous, UNIFEM, et pour tous les partenaires engagés dans la défense des droits des femmes, la Déclaration du SMSI est un engagement politique important qui prend les points soulevés ci-dessus en compte et qui peut contribuer, de manière significative, à la mise en application des dispositions de la Plateforme d'action de Beijing, de la CEDEF et de la Charte Africaine des Droits de l'Homme et des Peuples. Il est dés lors crucial qu'il soit traduit en acte à travers une synergie de toutes les actions pour adresser les défis liés : aux infrastructures, au coût des équipements et de la connectivité ; à la disponibilité de contenus pertinents pour les femmes et les divers groupes sociaux, aux disparités existantes en matière d'accès et d'utilisation des TIC, de participation à l'élaboration des cadres réglementaires qui soutendent la formulation des politiques.

Nous espérons que les travaux de cet atelier contribueront à des pistes concrètes de réalisation de ces objectifs.

Le phare maintenant est la préparation de Tunis en 2005 où les femmes devront être présentes avec une plateforme d'objectifs précis mesurables et réalisables qui contribueront à l'agenda de transformation sociale tel que préconisé par la Déclaration de Genève.


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